Les fruitières

 La fruitière est un lieu d'exploitation et de transformation du lait en fromage. Ce terme est usité dans les régions du Jura, de la Savoie, de l'Ain et des Alpes Suisses.

 

L'étymologie du mot est sujet à controverse, en effet, pour certains fruitière viendrait de "fruit" dans le sens mettre le fruit de son travail en commun, pour d'autres, il serait le dérivé du mot médiéval ou fribourgeois fretière : fromage.

 

La première fruitière daterait du XIIIe siècle (1273) et se situerait à Déservilliers sur le plateau du jura en Franche Comté.

 

Dans la première moitié du XIX siècle, devant le succès remporté dans le jura, le comte d'Angeville prend l'initiative d'organiser des "fruitières" sur le plateau d'Hauteville


La production laitière alimentait les fruitières (association de producteurs qui s'engageaient à partager en commun le fruit de leur travail) qui fabriquaient des fromages façon "gruyère" ou "bleu". Le produit de la vente des fromages était partagé entre tous les sociétaires au prorata de leur apport de lait.

 

La dispersion de l'habitat sur le plateau du Bugey a été la cause de la multiplication des fruitières. Ainsi chaque hameau en disposait d'une. Il y eu jusqu'à 33 fruitières sur le plateau à la fin du XIX siècle. Elles ont constitué longtemps un élément important de la sociologie du plateau.

 

La plupart d'entre-elles ont disparu vers 1950, victimes du ramassage du lait par les grandes centrales laitières

 

Une architecture typique.

Ces fruitières sont aisément reconnaissables à leurs fenêtres, très étroites à l'extérieur et hautes. Elles sont beaucoup plus larges à l'intérieur, créant un effet "venturi", permettant ainsi de garder une température fraiche et constante à l'intérieur de la fruitière. Ceci est important pour la bonne conservation du lait avant sa transformation.

 

Dans la cave à lait, le  lait de la traite du soir, stocké dans les « rondots» ou « bagnolets», sera utilisé le lendemain matin ajouté à celui du matin pour faire les fromages. L’été pour maintenir dans la cave à lait une température fraiche, de l’eau était placée dans des caniveaux sur lesquels étaient posées les « rondots ».

La fabrication des fromages se fait dans les chaudières (grandes cuves en cuivre) chauffées par un feu de bois.

 

 

Les fruitières en activité aujourd'hui.

Aranc

En 1878, on comptait 47 sociétaires à la fruitière d'Aranc. Celle-ci, agrandie en 1921, comporte alors une liste de 66 noms. En 1903, 4000 hectolitres de lait étaient comptabilisés. A partir de 1930, le nombre de sociétaires commence à décliner et la fromagerie sera fermée en 1985.

Aujourd'hui, celle d'Aranc a été transformée et abrite un intéressant musée consacré à la fabrication des fromages.

Aranc
Aranc

Brénod

Jusqu’à la fin du XIXème siècle, Brénod possédait 3 fruitières avec celle de Maconod, qui a fermé en 1920, et celle de la Combe de Léchaud fermée en 1967.
Celle de Brénod, de 1850, est désormais la seule du plateau qui fabrique le Comté.

Elle fut agrandie en 1899 et en 1999.

 

Avant la guerre de 1914, plus de 90 producteurs portaient le lait 2 fois par jour dans des seaux, des bouilles portées sur le dos et parfois sur le bât d’un âne.
Après la seconde guerre mondiale, il ne restait plus qu’une quarantaine d’agriculteurs qui livraient 700 000 litres de lait par an.

 

En 1980, il n’en restait plus que 10, et désormais seulement 3 au village.
La production d'autres villages environnants est dirigée vers Brénod, qui a ainsi traité 1,7 M de litres de lait en 1998, 2,3 M en 2000 et actuellement 3,3 M de litres.

Les fruitières éteintes.

Pour une population de 300 habitants on comptait 5 fruitières situées à Longecombe, à Cérarges et aux trois Dergis. Elles ont toutes été créées vers 1898. Eteintes depuis 1950, elles sont pour certaines transformées en habitation, pour d'autres restées à l'abandon. 

À Thézillieu, la commission de fruitière crée en 1863 la "Société de fromagerie" composée de 38 sociétaires. Elle sera la seconde du département de l’Ain équipée d'une machine à vapeur.

 

Trois autres fruitières sont installées aux Catagnolles, au Genevray et à Sainte- Blaisine. Elles produiront jusqu'en 1958, puis le lait sera collecté à Thézillieu jusqu'en 1967, avant le rattachement à la Coopérative d'Argis. Les fromages fabriqués étaient le "gruyère" et le "bleu"(ou "persillé").

Fruitière de thézillieu
Fruitière de thézillieu
Un extrait du cahier de compte des quantités de lait apportées quotidiennement.
Un extrait du cahier de compte des quantités de lait apportées quotidiennement.

Le produit de la vente des fromages était partagé entre tous les sociétaires au prorata de leur apport de lait.