Le Maquis : incarnation

 

d'une autorité concurrente de Vichy

 

Indispensables à la survie du maquis, les différentes réquisitions font l’objet d’un maximum d’encadrement afin qu’elles ne soient pas considérées comme du pillage. Dans sa "charte du maquisard", le Service national maquis appelle à privilégier les réquisitions auprès des services de Vichy (Chantiers de la Jeunesse française, entrepôts du Ravitaillement)

10 Septembre 1943 :  Pour habiller, réchauffer les hommes, dont certains "dépenaillés, loqueteux, traînent quelques misérables hardes qu'ils nettoient et reprisent de leur mieux" (cf. Voix du maquis 2ème trimestre 1983), le maquis de l'Ain décide un raid sur l'entrepôt des Chantiers de Jeunesse, implanté à Artemare, où sont stockés des effets neufs et de solides chaussures, avec le concours de Jean Miguet, garagiste à Hauteville, et Octave Tardy, garagiste à Brénod [ils font partie du groupe transport "les joyeux du garage". Le groupe transport est stationné à Maconod, hameau de Brénod]. Un vrai trésor de guerre !

 

Octave Tardy, garagiste à Brénod
Octave Tardy, garagiste à Brénod
Jean Miguet, garagiste à Hauteville
Jean Miguet, garagiste à Hauteville

 

11 novembre 1943 : Pour bien montrer qu’ils sont à la tête d’une armée disciplinée, des chefs de maquis organisent à l’occasion du 11 novembre 1943 des occupations temporaires de petites villes ou de villages, qui s’accompagnent d’un défilé en uniformes. La plus célèbre fut celle organisée à Oyonnax, par Romans-Petit, dont l’impact fut considérable : le petit film tourné pour l’occasion contribua à convaincre les Britanniques, assez méfiants jusque-là à l’égard des maquis qu’ils pensaient peu organisés, de les armer.

 

Témoignages du capitaine Romans-Petit et de Marius Roche sur le défilé du 11 novembre à Oyonnax

 

Locomotive sabotée à hauteur de Saint Rambert-en-Bugey
Locomotive sabotée à hauteur de Saint Rambert-en-Bugey

Le 6 et 7 Juin 1944 a lieu le sabotage ferroviaire du centre d'Ambérieu-en-Bugey. Son importance est telle pour l'ennemi qu'ils ont affecté à la protection du dépôt et de la gare, une garnison qui permet d'avoir jour et nuit, 50 hommes de garde. À proximité, d’autres unités surveillent les installations de la base aérienne d'Ambérieu et les dépôts de munitions de Leyment ; un effectif de 100 à 200 hommes est à l'instruction au Château de Douvres. Malgré l’importance des troupes aux environs immédiats, les équipes de sabotage se forment avec NICOLE et VERDURAZ. Aidés de cheminots dirigés par Gaston Brücher et Georges Buttard, ils réussissent le plus important sabotage de locomotives de l’occupation : 52 machines du dépôt.

 

 

La répression allemande

 

Face au développement des maquis, les autorités allemandes veulent éliminer les foyers de "terroristes", selon leur appellation.

 

Suite à la démonstration de force des maquisards le 11 novembre 1943 à Oyonnax, de nombreux accrochages et affrontements ont lieu dans le Bugey. Les troupes allemandes, la milice et les Groupes Mobiles de Réserve (G.M.R.) composés de gendarmes français, sont l’objet d’embuscades fréquentes.

 

Un décret permet d’élargir les mesures de répression à l’ensemble de la population et non plus aux seuls « terroristes ». La peine de mort est prévue pour les résistants capturés, d’autres peuvent être jugés devant un tribunal militaire avant d’être fusillés. À l’issue des arrestations, ceux qui reçoivent le statut de "Nacht und Nebel" (NN) [Nuit et Brouillard] sont condamnés à mourir en déportation sans qu’aucune nouvelle ne soit jamais donnée à leurs familles.

 

Marius Roche figure de la résistance © Laurent Thévenot
Marius Roche figure de la résistance © Laurent Thévenot

L'Opération Kaporal

La première des opérations militaires dirigées contre les maquis de l’Ain, est décidée lors d’une réunion à Lyon à laquelle participe Klaus Barbie. Le Groupement sud des maquis de l'Ain en est la cible. L’état de siège est signifié au Préfet de l’Ain le 5 février 1944 au matin. La milice française, des SS et d’autres forces militaires de l’occupant se coordonnent, soit près de 2 500 hommes. La Sipo-SD, police de sûreté allemande regroupant deux organes, la Gestapo (police politique) et la Kripo (police criminelle), est responsable des mesures policières contre les civils, incendies, rafles et déportations.

 

Alors que les Allemands déclenche l'opération Kaporal, un avion britannique s'écrase à Hauteville-Lompnes, dans le bois de Valorse. 

 

Bombardier Stirling Mk III de la Royal Air Force
Bombardier Stirling Mk III de la Royal Air Force

 

Le Stirling Mk III, codé ZO-N, du 196ème escadron de la Royal Air Force, décolle du terrain de Tarrant Rushton pour une mission de parachutage à la Résistance. Il neige sur le Bugey. Pour une raison indéterminé, l'appareil s'écrase au lieu-dit "Bois de Valorse"  [Hauteville-Lompnes (Ain)], le 5 février 1944. Les sept membres d'équipage trouvent la mort : Henry PRYKE pilote, Robert DOWZER mécanicien, James DONALDSON bombardier RCAF, Albert SPRAY radio, Kenneth GLEW mitrailleur, Dennis VINCE navigateur, Kenneth STAPLE  mitrailleur. Ils sont dans un premier temps enterrés au cimetière d'Hauteville. Mais à la fin de la guerre, en 1946 et avant le transfert des corps au cimetière militaire de la Doua [Villeurbanne], une cérémonie se déroule sur les lieux du crash. Une stèle est inaugurée en présence du maire de l'époque, le Dr Farjon, du Colonel Romans-Petit et de la population.

 

 

Pour l'ennemi un seul mot d'ordre : Traquer les résistants, terroriser la population

 

Dans le Bugey et le Valromey, l’occupant s’acharne sur la population, les maires sont sommés de livrer les résistants, les communistes. Nombreux sont les édiles qui payèrent de leur vie la protection de leurs concitoyens. Les personnes suspectées d’aider le maquis sont interrogées, torturées, fusillées. Une centaine de maisons sont incendiées. L’action est ciblée sur une vaste zone montagneuse à l’est du Rhône, comprise entre Ambérieu-en-Bugey, Poncin, Bellegarde, Seyssel et Artemare, entièrement bouclée par l’Armée allemande, avec pour mission de « nettoyer » les camps du maquis. Corlier, Évosges, Aranc, Ruffieu, l’Abergement-de-Varey, Brénod, Nantua... sont concernés.

Bien que les opérations militaires soient considérablement freinées par d’abondantes chutes de neige et qu'il n'y ait que peu de véritables combats, le bilan est lourd pour les civils du secteur notamment ceux qui soutiennent les maquis : 60 morts dont 21 résistants et 39 civils, 287 personnes déportées vers les camps de concentration.