L'Albarine

d'après Marcel Monnier (Moulins du Bugey tome 1)

Les sources de l'Albarine

Tableau d'Adolphe Appian © Brooking Muséum
Tableau d'Adolphe Appian © Brooking Muséum

C'est dans la combe de Léchaud que l’Albarine a sa, ou plutôt ses sources. Même si on lui attribue généralement une source bien définie, son origine est plutôt floue : un ramassis de filets d'eau et de marécages qui s'éparpillent en de multiples directions puis se rassemblent au fond de la combe. En suivant la pente naturelle de la cuvette où ils sont nés, ils se retrouvent dans l’Étanche, une retenue créée par les moines de Meyriat. C'est au sortir de ce réservoir que l’Albarine prend vraiment l'aspect d'une rivière. Elle ne va cesser, au cours de son parcours, de s'enrichir de nouvelles sources et de nouveaux biefs.

 

Chemin faisant, elle va prendre les aspects les plus divers. Tantôt cascadant, tantôt embourbée dans des bas-fonds, elle contourne péniblement le village de Brénod en décrivant de nombreux méandres. Ce n'est pas là qu'elle obtient sa réputation de torrent. Les quelques rares biefs qui y affluent sont plus dynamiques ... lorsqu'ils coulent. Tel est le Versoux qui vient se jeter dans l'Albarine à l'est de l'agglomération. L'Albarine va finalement quitter Brénod après avoir décrit des courbes compliquées et flirté avec les Loups, un bas-fond submersible et bien souvent submergé.

 

L'Albarine entre élevage et sciage de bois

Depuis très longtemps nos ancêtres sont venus s'installer près de l’Albarine, profitant de ses bienfaits et s'accommodant de ses caprices.

 

De nombreux méandres s'étalaient entre Brénod et la borne des Batailleries et figuraient au plan de 1837. Ils reflètent bien l'état du terrain parcouru: un terrain relativement plat, spongieux et quelque peu marécageux où l'Albarine prend ses aises.

 

En période de crue la rivière sortait très vite de son lit inondant les terrains voisins. L’été le débit pouvait être faible, presqu’uniquement alimenté par les zones humides. La végétation se développait, dès lors, dans le lit, favorisant ainsi les débordements et les crues.

 

Au XVIIIe siècle, cette situation posait plusieurs problèmes :

  • Les terrains du fond de vallée étaient difficilement exploitables, car trop humides.
  • La force hydraulique ne pouvait être utilisée régulièrement.

Pour rendre les terres cultivables, augmenter le rendement les marais, les tourbières sont alors asséchées, et le rééquilibrage du cours permets l'utilisation de la force motrice de l'eau et l'installation de quelques 80 moulins, entre Brénod et Hauteville.

 

 

Vers les années 1980, le lit de l’Albarine est creusé et les méandres coupés pour faciliter l’entretien des parcelles et limiter les inondations locales. Un enrochement abondant est même pratiqué dans de nombreuses portions, notamment à la partie externe des courbes que le torrent de l'Albarine creuse en période de grosses eaux au détriment des riverains.

 

Entre Brénod et Champdor, la longueur de la rivière passe de 5,2 km à 3,3 km. En coupant les méandres, l’eau est plus rapidement évacuée et augmente ainsi les menaces d’inondation en aval. À l’opposé le curage de la rivière accentue l’assèchement du lit en été et l’infiltration des eaux dans les milieux souterrains.

 

Le chemin de l'Albarine sur le village d'Hauteville-Lompnes

À voir les méandres que décrit l'Albarine dans la traversée du territoire de Lompnes, on croirait avoir affaire à une rivière de plaine. Il n'en est rien. Il est vrai que la pente n'est pas très accusée puisque du nord au sud on enregistre seulement une dénivellation d'une vingtaine de mètres, mais l'Albarine s'est heurtée à plusieurs massifs essentiellement rocheux qu'elle a dû contourner faute de pouvoir les attaquer.

 

Ce n'est qu'en aval du pont des Tines qu'elle peut flâner à sa fantaisie.

 

Le val de Hauteville-Brénod s'est singulièrement élargi sur son extrémité sud. Il se termine par une plaine alluvionnaire qui s'étend de Lompnes aux marais de Vaux. Cette plaine est confinée entre les pentes de la montagne de Mazières et les collines de la Donchère et des Cléziaux.

 

Des eaux, naturellement, descendent de la montagne de Mazières mais elles n'ont pas trouvé d'issue pour rejoindre la rivière principale. Elles ont dû se rassembler dans la plaine alluviale, se sont constituées en biefs et, après avoir alimenté quelques moulins, ont fini par se perdre dans le terrain spongieux sans pouvoir même atteindre la Mélogne cependant toute proche.

 

La cascade de Charabotte

L'Albarine, quant à elle, a trouvé une voie plus directe pour se précipiter en cascade vers sa sortie, peu après le hameau de Nantuy. Elle poursuit sa route en utilisant la pente naturelle du terrain. Mais cette pente s'accentue et, de ce fait, le cours de l'Albarine va changer d'aspect. Après avoir flâné encore quelques centaines de mètres, entraînée par des pentes plus abruptes, elle va directement au but. Elle roule maintenant sur le rocher qu'elle a débarrassé des moindres alluvions. Elle franchit à grand bruit des cascadelles, striée de fissures que le caractère karstique de la roche amplifie de jour en jour. Si les eaux de l'Albarine sont présentes de façon à peu près continue sur les territoires de Brénod, de Champdor et à moindre titre sur celui de Lompnes, elles sont souvent inexistantes face à celui de Hauteville.

 

 

Dans quelques centaines de mètres, elle va quitter sa vallée dans une sortie spectaculaire en faisant un bond de 175 mètres pour se retrouver dans la gorge de Charabotte-Chaley.