La Forêt et les hommes

 

Il y a fort longtemps, le paysan était à la fois agriculteur, berger et forestier. Les substances végétales en décomposition dans la forêt servaient d'engrais pour le potager, le bétail allait se nourrir dans le bois, et le paysan pouvait y chasser (la forêt n'étant pas encore le domaine réservé des seigneurs). Le bois était également indispensable pour le feu, pour fabriquer les outils agricoles et artisanaux, bâtir les habitats, etc. La forêt fournissait aussi des ressources en cas de disette : fraises des bois, framboises, myrtilles, merises, nèfles, sorbes, alises, ...

 

Le seigneur, s'il détenait le pouvoir sur les bois, devait en partager l'usage avec la communauté paysanne. Les vilains pouvaient venir se servir dans la forêt selon leurs besoins. Le droit d'affouage permettait de ramasser du bois pour le feu, le droit de marronnage autorisait la coupe de perches pour fabriquer des piquets et outils, ceux de panage et de glandée permettaient d'amener des porcs dans une chênaie et de ramasser des glands.

 

A partir du Xe siècle, nous entrons dans une face de croissance démographie et économique. La forêt recule face aux nouvelles terres mises en culture et aux nouveaux foyers de peuplement. Elle devient le lieu de chasse exclusif du seigneur et pour les ecclésiastiques, un lieu de retraite où l'on venait méditer. C’est ainsi que furent fondées les abbayes de Meyriat et de Saint-Sulpice. Les biens ecclésiastiques de ces abbayes sont à l'origine de certains massifs boisés domaniaux

 

A partir de 1347 la peste noire et la guerre de Cent Ans viennent stopper les défrichements.

 


Dès la fin du XVe siècle, le mouvement de recul des forêts reprend. Le bois devient une marchandise de première importance, pour les villes, les forges, les hauts-fourneaux, les chantiers navals etc.

 

Les seigneurs voulant tirer profit de leurs bois, n'entendent pas que les paysans aillent y chercher des branchages ou que leurs bêtes aillent pâturer dans la forêt. Les conflits d'usage s'intensifient entre des paysans qui se considéraient dans leur droit naturel et des seigneurs désireux de protéger leurs massifs. Beaucoup de seigneurs mettent par écrit de nouvelles règles encadrant l'accès au bois mais les communautés paysannes n'hésitent pas à brandir les veilles chartes médiévales témoignant de leurs anciens droits. Placés dans cette situation de conflit d'intérêts, un certain nombre de seigneurs et le roi rachètent les droits d'usage sur une partie du bois et cèdent le reste du massif à la commune qui pouvait alors en jouir pleinement, dans une optique de « chacun chez soi ». (Voir seigneurs et seigneuries du Plateau)

 

À la fin du XVIIIe siècle et au XIXe plusieurs géographes et agronomes développent l'idée d'un "ordre naturel", équilibre dans lequel la forêt tiendrait une place centrale. Selon les tenants de cette doctrine pré-écologique, les forêts équilibreraient les températures et climats, feraient barrage aux vents, favoriseraient les pluies, purifieraient l'air. Les officiers des Eaux et Forêts et quelques ingénieurs des Ponts et Chaussées prônent des reboisements massifs. Napoléon III, convaincu  promulgue en 1860 une loi sur le reboisement des montagnes.


Mais au-delà des reboisements, voulus par Napoléon III, les forêts doivent leur renouveau à la fin du système agro-sylvo-pastoral, des années 1860 aux années 1930. L'introduction des légumineuses (trèfle et luzerne enrichissant le sol en azote), des engrais chimiques, les progrès de la mécanisation, la modernisation des méthodes d'élevage, la spécialisation des cultures permettent d'augmenter la productivité sans avoir recours aux ressources sylvo-pastorales (fumure des troupeaux, pacage dans les sous-bois). Les espaces agricoles, pastoraux et sylvicoles ne sont plus complémentaires mais indépendants.

 


Dans le domaine de l'industrie, les nouvelles énergies (gaz, électricité et pétrole) mettent fin à de nombreuses filières d'exploitation du bois. Devenus moins nombreux, les habitants des campagnes exercent une pression moins forte sur les bois. En 1882, la population vivant de l'agriculture constituait environ 48 % de la population française ; en 1946, elle était encore supérieure à 30 % ; de nos jours elle est inférieure à 5 %. 

 

La forêt devient un lieu de loisirs pour les citadins en mal de nature (randonnées, parcs accrobranches, etc.). Elle est toujours exploitée pour son bois, mais plus dans les mêmes proportions qu'autrefois. En 1964 est créée l'ONF (Office national des forêts), remplaçant le corps des Eaux et Forêts et est chargé de la gestion des forêts publiques. Les relations de l’ONF avec les communes deviennent régulières.

 

 

Les forêts occupent près d'un tiers de la surface du plateau (près de 5.000 sur 15.000 hectares) ; au Sud, il y en a sensiblement davantage, dans certaines communes près de la moitié du territoire (Cormaranche : 985 sur 1.890 hectares; Longecombe : 690 sur 1.583), tandis qu'au Nord, un quart seulement leur est réservé (1.350 sur 5.500 hectares à Brénod, Corcelles et Champdor). En 1995, elles couvraient à peu près constamment les pentes des anticlinaux et les combes, à l'exception des sommets aplatis appelés "prailles", occupés généralement par des prés.

 

Les forêts sont en majorité communales et soumises au régime forestier. Le produit de la vente annuelle des coupes est versé en partie à la caisse communale; le reste est distribué aux habitants en affouages (voir N° 24 des Cahiers). L'importance de ces affouages permet de se rendre exactement compte de la richesse qu'ils constituent. La commune de Cormaranche est, à cet égard, l'exemple le plus caractéristique.

 

Les sapinières sont souvent traitées en futaie jardinée, en mélange avec hêtre et coudrier. L'épicéa y a été introduit par plantation. La flore comprend le prénanthe pourpre, le framboisier, le sceau de Salomon à feuilles verticillées, la dentaire pennée, le sureau rouge, l'aspérule odorante et le séneçon de Fuchs ; il s'y mêle des plantes calcicoles (troène, camerisier à balais, hellébore fétide, viorne flexible) ou thermophiles (buis, cytise aubour, coronille). Les peuplements feuillus sont principalement constitués de taillis mésophile de chêne, hêtre, érable sycomore, tilleul, tremble ainsi que de hêtraie pure et d’accrus de coudrier dans les pâturages abandonnés. Le cortège floristique est très voisin de celui des sapinières.

 

La sapinière pure est très regroupée entre 800 et 1000 m. Il s’agit souvent des délaissés agricoles reboisés à la fin du XIXe siècle. Les peuplements plus anciens sont plus mélangés.

 

Le sapin est essentiellement présent en forêt publiques Les forêts privées sont davantage feuillues. Le capital total est le même en privé qu’en public

 

 

Le sapin possède son maximum de volume autour des 1000 m. La forêt de Jailloux a envoyé à l'Exposition internationale de 1900 des rondins importants ; l'un était si gros qu'il fallait quatre hommes, les bras étendus, pour l'entourer; on estimait son volume à près de 20 mètres cubes et on dut construire un fardier spécial pour son transport. Il y a quelques années, toutes les coupes possibles de la forêt de la Bouchardière (Hauteville) furent achetées par des papetiers de Grenoble et transportées en camions depuis Ruffieu (Valromey) jusqu'en Dauphiné.

 

Les plantations d’épicéa, pour un peu plus 1/3, sont situées à moins de 875 m, donc très sensible au scolyte, les 2/3 l’est sous 1 125 m, donc menacé par le réchauffement climatique.