La culture de la plante

Le sol était retourné à l’aide d’un araire pour favoriser le développement de la culture car on savait que le chanvre avait de longues racines. Les graines étaient enterrées à la houe, en avril et la récolte s’échelonnait d’août à novembre aussitôt après la floraison. Tout le monde savait que le chanvre « mâle » ne portait pas de graines contrairement au chanvre « femelle ». Quelques graines étaient gardées pour les semailles de l’année suivante, les autres servaient pour l’alimentation humaine et animale, en particulier pour les volailles, très friandes de ces mets fins et délicats !
Une fois jaunies, les tiges étaient arrachées avec grande précaution pour éviter de les casser, étendues à terre, et aussitôt liées entre elles en poignées. L’expérience des Anciens était fondamentale. En effet, la couleur était importante car on savait qu’un chanvre cueilli légèrement jaune-vert blanchissait mieux à l’eau. On confectionnait rapidement les gerbes qui étaient d’abord rouies par immersion dans l’eau.
Les gerbes étaient ainsi déposées dans l’eau courante, au fond des ruisseaux ou des rivières, maintenues à l’aide de pierre. Le trempage durait plusieurs jours en fonction de la saison mais moins le chanvre demeurait dans l’eau, meilleure était la qualité du produit. À défaut d’eau courante, on utilisait les mares (les nais, les punaises) des fermes. L’étape du rouissage servait à laver les tiges et permettait d’accélérer la séparation des fibres de la tige sous l’action conjointe de l’humidité et de la fermentation. Là encore, l’expérience des Anciens était cruciale.
Le rouissage à l’eau n’était pas une pratique généralisée, et souvent, on se contentait d’étendre les tiges sur le pré pour les aérer et de les retourner de temps à autre sur une période de quinze jours, ce qui facilitait leur séchage. L’étape de rouissage était terminée lorsque la filasse se détachait facilement. Les gerbes étaient ensuite séchées au pré. Après quelques jours de séchage sur place, on commençait par égruger les bottes pour faire tomber les graines grâce à l’égrugeoir tout en surveillant et en installant des épouvantails afin que les poules et les oiseaux ne se régalent de ce festin. Le séchage pouvait se faire également dans le four du boulanger !

C’est à ce moment-là que commençait le travail des femmes qui consistait d’abord à briser le chanvre par broyage et battage à l’aide de machines à bois également appelées broies ou teilleuses pour séparer la fibre de la partie bois et en extraire la filasse. La filasse obtenue était parfois rugueuse et devait être assouplie au moyen d’un battoir. Deux processus étaient possibles ; soit par le biais du battoir, soit l’échanvroir.
Au moyen-âge, on utilisait des levées de bois qui retombaient de tout leur poids sur la filasse d'où le terme de battoir, on trouva par la suite plus commode l'écrasement de la filasse par une
pierre tournante. On déposait la filasse sur un plateau de bois où une meule et la roue des moulins à eau actionnait un cylindre de pierre tournant sur le plateau, ce qui facilitait l’opération
ultérieure de peignage. La filasse destinée à faire des cordes, ne nécessitait pas le passage au battoir. Dans les endroits où il n'y avait pas de battoir on utilisait un sabre de bois,
l’échanvroir.

La filasse obtenue était ensuite peignée par le peigneur sur des peignes de divers calibres. Le peignage permettait de récupérer plusieurs types de fibres (ou brins) selon leur longueur et leur qualité. La filasse était alors cardée pour donner une laine de chanvre homogène prête à subir d’autres opérations : filature, tissage et confection.
Les femmes se réunissaient pour filer cette laine en utilisant la quenouille. La quenouillée était la quantité de filasse introduite dans la quenouille. Cette opération de filage était réalisée
en hiver, lors de veillées, et aboutissait à la formation des assemblages de fils appelés quenouilles ou écheveaux. La technique du filage consistait à transformer la matière première (laine,
lin, chanvre…) en un fil fin et continu par étirement et torsion.
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