Le chanvre

 

Une histoire d'avenir

 

Le chanvre avait été une ressource essentielle au Moyen Âge, utilisée dans l’agriculture, l’artisanat, la médecine, l’alimentation et la construction, tout en jouant un rôle économique et social important. 

 

Le livre de Chasse de Gaston Phébus, folio 53v. (Bnf/dept.manuscrit; ms. fr. 619 et 616, années 1387-1389).
Le livre de Chasse de Gaston Phébus, folio 53v. (Bnf/dept.manuscrit; ms. fr. 619 et 616, années 1387-1389).

 

C’est entre le XVIIe et XVIIIe siècle que s’était situé son âge d'or grâce à son emploi dans la marine (voiles, cordages) et le commerce intercontinental, mais aussi pour son utilisation par les plus grands artistes dont Michel-Ange et Léonard de Vinci. Ceux-ci avaient eu recours à l’huile de chanvre pour les peintures et à sa fibre pour les toiles. Le célèbre peintre, sculpteur et architecte de la Renaissance, Michel-Ange, créa, à partir d’huile de chanvre, la plus célèbre fresque de l’art occidental, Le Jugement dernier, qui se trouve dans la Chapelle Sixtine. Cette réalisation démontre la parfaite connaissance de tous les usages du chanvre. Quelques années plus tard, d’autres artistes célèbres (Vincent van Gogh, Paul Gauguin, Picasso) utiliseront également des toiles de ce matériau. Aujourd’hui, on redécouvre les biopeintures à base d’huile de chanvre !. 

 

Focus sur la fresque du "Jugement dernier" ornant le plafond de la chapelle Sixtine (Vatican), peint par Michel-Ange, en 1541.
Focus sur la fresque du "Jugement dernier" ornant le plafond de la chapelle Sixtine (Vatican), peint par Michel-Ange, en 1541.

La production de toile de chanvre allait prendre de l’importance après la Révolution, s’accélérant à la demande de l’Empereur Napoléon 1er, dans son souci de vêtir la Grande Armée. À cette époque, on ne tissait plus seulement pour son usage local mais pour commercer. Ce fut une période faste, sans doute jusqu’à la bataille de Waterloo, en 1815.

 

Collection du Musée de l'Armée
Collection du Musée de l'Armée

Puis le développement de la navigation à vapeur et des matériaux synthétiques (nylon, plastique) réduisirent l'utilisation du chanvre. 

 

Au début du XXe siècle, Les États-Unis instaurèrent la Marihuana Tax Act.

 

En 1910, la révolution mexicaine provoqua l’immigration de nombreux mexicains dans le sud des États-Unis. Ils consommaient de façon culturelle le cannabis à usage récréatif sous le nom de marijuana (mélange d’herbes utilisé par les Mexicains pour soigner certaines maladies). Cette consommation s'étendit à la population noire des plantations du Sud et devint très populaire. 

 

Inquiets de l’effet limité de la Convention de La Haye de 1912 sur la contrebande de l’opium et, de plus en plus, sur celle des drogues fabriquées dans l’Asie de l’Est, les États-Unis pressèrent la SDN(1) de convoquer une nouvelle conférence ce qu'elle fit craignant que, si elle n’obtempérait pas, les États-Unis n'interviennent indépendamment. Les débats eurent lieu entre novembre 1924 et février 1925 et aboutirent à la convention internationale du 19 février 1925. Celle-ci avait pour but d’assujettir à des contrôles mondiaux une gamme élargie de drogues, y compris, pour la première fois, le cannabis – désigné sous le nom de « Indian hemp » (marijuana). Mais les termes de la convention ne satisfaisant pas les États-Unis, la délégation américaine quitta la conférence et ne signa jamais le traité.   

 

Dans le même temps (1919-1933), la prohibition régnait aux États unis. 

 

Le lobby religieux et les autorités mirent en place une véritable entreprise de propagande qui s’appuyait sur le racisme ambiant, contre les mexicains et les « noirs », leur musique (le blues et le jazz) et les dégâts imputés au cannabis.  Le tout orchestré et soutenu par les lobbys de l'industrie du coton, ceux de la chimie (dont les lobbys du nylon et du pétrole) et les lobbys forestiers (industries du papier) liés à la presse. 

Volontairement ou pas confondus ou amalgamés, une loi instaura, en 1937, la taxation de la production, du commerce ainsi que l’usage du chanvre, industriel, et du cannabis, médical, 2 plantes issues de la même espèce botanique, Cannabis sativa, mais différentes par leur composition chimique.

 

Au lieu d'interdire directement la marijuana, la loi imposait une lourde charge fiscale qui criminalisait de fait sa consommation et sa culture pour ceux qui n'étaient pas en mesure de se conformer aux exigences fiscales.

 

Le Bureau Fédéral des Narcotiques et son directeur, Harry J. Anslinger organisa avec force la prohibition de la marijuana. La majorité des entreprises pharmaceutiques américaines arrêtèrent la production de leurs remèdes à base de cannabis, devenue illégal aux États-Unis. Les opiacés et médicaments synthétiques remplacèrent progressivement le cannabis médicinal.

 

Distancé dans son usage textile par les fibres synthétiques (nylon) et le coton, concurrencé dans l'industrie papetière par le bois, la production du chanvre industriel devenue économiquement non viable chuta complètement au cours de la première moitié du XXe siècle.

Dans les années 1960, la découverte du THC(2) par Raphaël Mechoulam(3) relança l'intérêt pour le chanvre. Les mouvements culturels et les recherches scientifiques sur ses vertus thérapeutiques favorisèrent son retour.


En 1998, la création de l’association Construire en chanvre[4] réactiva l’utilisation du chanvre industriel dans la construction. 

 

Aujourd'hui la fibre du chanvre industriel est utilisée pour fabriquer un isolant à base de laine de chanvre qui constitue une solution alternative aux laines minérales ; la chènevotte, la partie centrale du pied de chanvre, sert à élaborer un granulat de chanvre entrant dans composition de bétons et de mortiers. On emploie également sa fibre en papeterie et sa poussière pour fabriquer des briquettes ou des granulés destinés au chauffage.


Depuis, la culture du chanvre est repartie à la hausse, avec 8 000 ha cultivés en 2006, 23 600 ha en 2024, ce qui attribuent à la France plus de 60 % de la production européenne. 

 
Encouragée par des politiques agricoles durables, la France est le premier producteur européen et le leader mondial des semences de chanvre. Chaque partie de la plante, des fibres aux graines, est valorisée, et son utilisation ne cesse de se diversifier.

Utilisations du chanvre industriel
Utilisations du chanvre industriel


Le chanvre se retrouve désormais dans de nombreux domaines, illustrant son évolution d'une plante stratégique à un produit en voie de réhabilitation grâce à ses applications écologiques et thérapeutiques.  

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[1] Société des Nations : précurseur de l’Organisation des Nations Unies, la Société des Nations (SDN) a été créée pendant la Première Guerre mondiale ; elle a été établie en 1919 par le Traité de Versailles « pour promouvoir la coopération internationale et obtenir la paix et la sécurité ».

[2] T.C.H (tétrahydrocannabinol) principal cannabinoïde responsable de la plupart des effets psychoactifs du cannabis chez l'homme.

[3] Raphaël Mechoulam (1930-2023) est un chercheur israélien largement reconnu comme le père de la recherche sur le  cannabis. Ses découvertes ont jeté les bases de la compréhension scientifique du cannabis et de ses composés. 

[4] Cette association regroupait au départ une trentaine d’acteurs, depuis les producteurs de chanvre, les industriels des liants – chaufourniers et cimentiers – les maîtrises d’œuvre, jusqu’aux entreprises du bâtiment, laboratoires, chercheurs et distributeurs, qui voulaient développer son usage dans le bâtiment.  

 

Pour aller plus loin vous pouvez lire et consulter

  • De Yann Cruiziat "Le chanvre une ressource pour le Bugey. L’exemple du val d’Hauteville-Brénod" ; in Le Bugey, 2009, pp 103-123.
  • De Marcel Monnier "Les moulins du haut bassin de l'Albarine, 2004.
  • De l'Abbé Hippolyte Michat (1848-1922), curé de Chézery (Ain) "Étude sur le Bellod" ; in Bulletin de la Société Gorini" : revue d'histoire ecclésiastique et d'archéologie religieuse du Diocèse de Belley, 1905, p.  65 à 80, et 289 à 3o8.
  • D'Abel Chatelain  "L'émigration temporaire des peigneurs de chanvre du Jura méridional avant les transformations des XIXe et XXe siècles [article]" in Les Études rhodaniennes, vol. 21, n°3-4, 1946. pp. 166-178.
  • Le site https://www.cjbonnet.net. sur Claude-Joseph Bonnet, fabricant de soierie lyonnais. 
  • Statistique générale de la France... : département de l'Ain : publ. par ordre de S.M. l'empereur et roi... ([Reprod.]) / M. Bossi,... sur le site Gallica.

Et vous pouvez visiter

  • Le musée des "Soieries Bonnet" à Jujurieux
  • Et celui des "Traditions bugiste" à Saint-Rambert