Le chanvre
Une histoire d'artisanat local
Jusqu’au XIIIe siècle, on ne filait qu’à la quenouille et au fuseau. Un paquet de laine brute à l’épaule et la quenouille dans la ceinture, la fileuse faisait tourner le fuseau pour former le fil.
Puis au cours du XVe siècle, le rouet remplaça fuseau et quenouille.
En appuyant avec le pied sur une pédale, la fileuse entraînait une roue reliée à une bobine par une courroie. Son travail consistait alors à accrocher le fil premier à la bobine et à lui présenter la laine ou le chanvre qu’elle étirait entre ses doigts à mesure qu’elle actionnait la roue. Les brins étaient tirés à travers un volant qui les tordait et les transformait en un fil continu qu’un envidoir répartissait sur toute la longueur de la bobine. Le filage au rouet était en général d’une exécution plus aisée et plus régulière que le filage au fuseau.
Les petites industries rurales ont une histoire fascinante qui mérite que l’on s’y attarde. Même si pour la plupart, elles n’ont pas duré en raison de la concurrence économique des plus grandes villes, ces petites industries ont marqué les communautés à l’échelle locale. Elles témoignent de savoir-faire et de l’ingéniosité des habitants. Celle des rouets, par exemple, occupe une niche particulière. Le rouet faisait partie du mobilier des maisons rurales et des familles vivant de l’agriculture.
Les femmes du plateau pouvaient trouver leur rouet chez Auguste Savarin à la Chenalette, hameau de Corcelles.
Les rouets d'Auguste Savarin
Le chanvre filé et lavé était alors récupéré et travaillé par le tisserand. Il ne restait alors qu’à confectionner les draps, les chemises, les cordes, les paillasses, sommiers et matelas, et les sacs pour le blé !
Filé par les femmes du pays pendant la mauvaise saison il était souvent tissé dans les mêmes lieux pour obtenir une toile grossière mais solide. Les habitants de Thézillieu reçurent, de la part
des autres villages, le titre de « Lô T’seurs », Les Tisseurs, reconnaissant ainsi leur habileté à cette tâche(1) .
Le paysan tissait dans une pièce attenante ou pas à la maison mais très haute de plafond, comme certaines maisons de Lacoux où ses habitants avaient l’exclusivité de l’approvisionnement en toile
de chanvre des Hospices civiles de la Charité à Lyon.
Cette double activité permettait alors au paysan-tisseur d'allier travail saisonnier de la terre et tissage pour la fabrication de la toile.
Puis, avec l’installation de la vapeur, l’entreprise naquit. D’artisanale, elle devint industrielle au début du XIXe siècle et se développa après l’arrivée de l’électricité dans les années 20.
Les machines actionnées par la vapeur remplacèrent les métiers à bras. Poulies, courroies, engrenages, devinrent le cadre de travail de l'ouvrier textile.
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[1] Yann Cruiziat, "Le chanvre une ressource pour le Bugey. L’exemple du val d’Hauteville-Brénod" ; in Le Bugey, 2009, pp 103-123.